Ma fille me quitte décembre 11, 2007
Posted by natacha34 in Ma vie à moi, deuil, famille.add a comment
J’ai mal, je suis triste, je suis en colère, je me sens incompétente. Je trouve cela injuste, je pleure, mon coeur de mère saigne, j’enrage, je me questionne, je me fais des reproches.
Mon adolescente vient de choisir de vivre chez son père.
Quelqu’un a pénétré ma poitrine de son poing et m’enserre le coeur. Je suis inconsolable. Les belles paroles sur le fait que les enfants ne nous appartiennent pas volent en éclat. Une pression constante sur mes tempes troublent ma vision. Ma respiration est bloquée par une boule d’amertume.
Je me croyais capable de relativiser et d’analyser. Je suis pitoyable. Je me pensais prête à tout. Aucune mère n’est préparée à entendre son enfant choisir l’autre parent sans se sentir dépossédée et inadéquate.
Je voudrais hurler. Je voudrais entrer chez son père et la ramener de force, j’ai tellement mal.
Je regarde mes deux autres enfants et je ne fais que me demander s’ils partiront à leur tour.
Adolescence et ingratitude son synonyme.
Donner sans jamais être certain de recevoir. Faire des choix en sachant qu’ils nous seront reprochés. Punir pour éduquer en voyant la colère dans les yeux de nos enfants. C’est le rôle pénible du parent.
Les résultats sont à long terme et la gratitude vient souvent quand les enfants deviennent à leur tour parents.
20 septembre…Deux ans que je suis orpheline de père! septembre 20, 2007
Posted by natacha34 in Ma vie à moi, deuil, famille.add a comment
Il y a deux ans, ma vie a changé, parfois pour pire, souvent pour le mieux, mais elle a irrémédiablement été bouleversée.
En plus, j’ai un don spécial, quand le ciel me tombe sur la tête, je m’arrange pour qu’en plus le sol se dérobe sous mes pieds.
J’avais donc annoncé à mon ex, deux jours avant le décès de mon père, que je le quittais après 13 ans de mariage et trois enfants.
J’ai vécu les dernières heures de mon père et les jours suivants dans un flou artistique. J’avais devant les yeux un filtre qui modifiait la couleur des actions qui se déroulaient devant moi, comme un film dont je serais spectatrice et non pas actrice principale.
Le dimanche mon père était à l’hôpital, depuis un peu plus d’une semaine, avec de sévères maux d’estomac et des plaquettes toujours à la baisse dans le sang. Il passait test après test avec succès. Négatif!
J’étais descendue de Québec pour le voir, sans trop m’inquiéter. Il m’avait semblé faible, mais j’étais certaine de le revoir sur pied quelques jours plus tard. Sa dernière phrase quand j’ai quitté sa chambre m’avait choquée. Il avait dit, serein: “J’ai demandé au bon dieu de m’aider”.
Il est vrai que ma vie parallèle m’occupait et me distrayait de mes peurs et de mes peines. J’étais en amour…Non pas l’habitude qui s’installe dans un couple usé, mais l’amour, la passion envahissante qui bonifie chaque minute de la journée.
Le verdict est tombé la veille de sa mort. Au travail, j’ai décroché le téléphone et ma mère, froide et directe comme elle peut l’être en tout temps, m’a annoncé que mon père était transféré d’urgence par avion-ambulance à Québec. Il avait une leucémie aigüe et les médecins avaient demandé à la famille d’être présente parce qu’il y avait peu de chance qu’il soit sauvé.
Le brouillard m’enveloppe, je raccroche, j’ai quand même réussi à prendre rendez-vous à la maison avec ma mère quand elle arrivera à Québec. Je me lève, mon réflexe est de sortir de mon bureau, je veux être n’importe où, je veux être ailleurs. Je me rasseois, je mets la main sur ma bouche de peur de crier. Je me relève, les larmes commencent à couler sur mes joues, je marche vers le bureau…de mon homme, mon nouvel amour, mon ami, mon confident.
Une collègue et amie me voit, elle me prend par les épaules et me guide vers les toilettes. Les lumières sont trop fortes, elles tournent, j’ai chaud, j’ai froid, je tremble, je pleure. Ma collègue va chercher JF. Enfin, il est là. Il prend les choses en main, je peux m’abandonner, devenir une toute petite fille qui a besoin de son père. Non, je dois être brave, c’est mon père qui a besoin de moi. En un instant, je suis dans l’ascenseur et je quitte le bureau. JF est avec moi, me parle de sa voix si chaude, si profonde, si réconfortante. Il m’amène chez lui, le temps que je reprenne mes esprits. Ma mère ne sera pas à Québec avant 3 heures et je n’ai aucunement envie de courir vers mon mari, mon ex depuis quelques heures, pour qui je ne ressens plus rien.
Je suis couchée en boule au fond du lit de JF, où nous baisons chaque matin avant le travail et chaque midi, plutôt que s’alimenter. Qui baise dîne!
Je pleure, je ris, je dis des bêtises, puis j’ai une furieuse envie de baiser. J’ai besoin de me sentir vivante, j’ai besoin de vibrer, de libérer la tension et de me sentir aimée.
Les choses s’accélèrent, je dois rentrer, annoncer la nouvelle à mon mari qui ne l’est plus vraiment et à mes enfants avec qui mon père était tout ce que j’aurais voulu qu’il soit avec moi.
Je dois expliquer à mes filles pourquoi je ne les amène pas à l’hôpital et j’attends impatiemment ma mère, regrettant de ne pas lui avoir dit qu’on se rejoindrait là-bas.
Je veux être avec mon père, je veux voir s’écouler les minutes, dans une salle d’attente froide, avec le regard de pitié des infirmières et des médecins qui voient une famille détruite.
À l’hôpital, mon père est placé au soin “super” intensif. Une sorte de piège de verre d’où trois infirmières peuvent veiller sur lui en permanence. Nous pouvons le voir 10 minutes par heure, deux à la fois.
Il est inconscient depuis son transfert. Son premier voyage d’avion sera son dernier et il n’aura même pas profité du merveilleux paysage du fjord du haut des airs.
Les nouvelles sont de plus en plus dramatiques chaque fois que le médecin vient nous voir. Ses reins ne fonctionnent plus, il a été placé sous dialyse.
Je vais vite à la maison chercher des oreillers, des couvertures, de quoi manger.
Ma mère, 48 ans, ma soeur, 19 ans, mon frère, 13 ans et moi, 32 ans, nous camperons dans une petite salle d’attente réservée au famille qui vivent des moments tragiques.
Mon père n’a que 52 ans. Je sais que je ne suis pas originale, que chaque personne à sa propre histoire, mais c’est injuste, il ne boit pas, ne fume pas et joue encore au hockey l’hiver avec son fils.
C’est un homme proche de sa famille, si proche de son fils que je n’ose imaginer le vide que mon frère a ressenti à sa mort. Je ne veux pas, ça fait trop mal.
Son foie ne fonctionne plus, une heure passe, il a du liquide sur les poumons. Deux heures passent, mon frère dort un peu, ma soeur aussi. Je continue de vivre ces heures sans vraiment les ressentir.
Le matin se lève, mon père ne va pas mieux, ma mère tente de nous convaincre d’aller déjeuner, de sortir un peu. Nous refusons. Le médecin vient nous voir, il nous explique que mon père est dans un état très critique, qu’un seul médicament peut encore être essayé, qu’ils vont lui administrer et qu’ils viendront nous chercher…Ma mère lui demande le pourcentage de chance de le sauver. Le médecin nous regarde, plein de compassion et répond: “pas plus de 10 %”.
Dix minutes plus tard, on vient nous chercher d’urgence, l’installation de la nouvelle médication n’est pas terminée, mais le personnel sait très bien que mon père est condamné.
Le cirque commence. L’infirmière nerveuse manque trois fois sa perfusion avant de réussir à installer le tube dans la gorge de mon père. Les machines font un bruit d’enfer, nous sommes là, les bras le long du corps, à regarder la horde de médecins et d’infirmières s’activer autour de mon père, tout tenter, même s’ils savent que c’est pratiquement inutile.
Les battements de coeur de mon père ralentissent. Le médecin dit: “On arrête, c’est fini”. Dès que je comprend que c’est la fin, j’arrache mes gants pour pouvoir sentir la peau de mon père une dernière fois, je me penche à son oreille et je lui dis maladroitement que je l’aime, que je m’excuse. Puis les yeux de mon père se révulsent, le bruit des machines cessent, mon père n’est plus.
Quoi! C’est ça la mort? Ce n’est pas si mal, ça ne fait pas si peur. Est-ce que quelqu’un voudrait me réveiller, ça va, j’ai compris, je vais arrêter d’en vouloir à mon père, de compliquer nos relations et je vais l’aimer pour ce qu’il est. OK, vous m’avez fait assez peur, on ne joue plus.
Quoi! Je ne rêve pas, mon père est là, sur son lit d’hôpital. Il a le teint de plus en plus jaune, il devient froid et je veux absolument m’en aller. Les infirmières nous disent qu’elles vont nous laisser seuls le temps qu’il faut…JE VEUX SORTIR! Ce n’est pas mon père, c’est un corps inerte, je ne veux pas garder ce souvenir. Ma mère, ma soeur et mon frère semblent d’accord et nous quittons rapidement la salle, direction…
Un petit bureau où une personne va nous expliquer la suite et nous donner les dépliants d’information sur: “Les étapes à suivre après le décès d’un proche”. Je vais vomir. Je téléphone aux frères et soeurs de mon père, je ramasse les oreillers etc., je vais chercher la voiture au sous-sol, ma mère me ramène chez moi et elle repart au Saguenay au plus vite.
Mon père est mort, je suis morte, du moins pour quelques jours.